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samedi, septembre 23, 2006

L'homme et la rivière

Ma contribution à la Ruche via un texte "week-end".

L'homme marchait près de la rivière le plus paisiblement possible, prenant soins d'écouter le son de l'eau qui coulait, le bruit des oiseaux qui chantaient et l'enchevaîtrement des voix des passants qui discutaient. Il ne remarquait même pas que la plupart d'entre eux étaient en couple, les mains enlassées, témoignage d'un amour récipropque. Il ne pensait même pas au fait qu'il était seul, lui, et qu'il détonnait de tout le reste de par ce fait.

Il ne faisait que s'efforcer à rythmer sa respiration et à contrôler son corps afin d'essayer de détendre ses muscles raides. Il essayait de chasser de son esprit les pensées qui s'y affluaient parce que le vide, que l'absence de sentiments quelconques était dont plus agréable que ces inquiétudes, que ces tracas.

Mais il marchait toujours, sans s'arrêter, car il avait l'impression que c'était tout ce qui lui restait à faire. Il plaçait ses pieds l'un devant l'autre, dans une sorte de mouvance infinie dont il ne pouvait se soustraire, visant un objectif imprécis mais immuable: le néant de la pensée. Et soudain, il se sentit las. Las non pas d'une fatigue physique, mais d'un épuisement mental souffrant. Il en avait assez de se battre contre lui-même, il en avait assez d'essayer de surmonter ses émotions.

Et, doucement, les larmes vinrent. Elles prirent place sur ses joues, une à une. Au départ, il n'y en eut pas beaucoup et, tout en le torturant tranquillement, elles lui firent du bien. Le jeune homme n'avait pas l'habitude de pleurer. Les occasions pour le faire ne se présentaient pas assez souvent et pour une des rares fois depuis longtemps, il le faisait sans pudeur, à la vue de tous.

Le chagrin le déchira comme jamais il ne s'était senti déchiré. Les images venaient en éclairs, les émotions se surmontaient. Voulant se resaisir, il ne fit que réaliser qu'il était seul et il en fut brisé.

Au bout de quelques minutes, qui parurent une vie entière, le torrent émotionel se calma et, faiblement, il se remit à marcher. Cette peine lui avait apporté de l'espoir.

Un jour, lui aussi aurait quelqu'un avec qui marcher.

5 Comments:

At 8:10 p.m., Anonymous Anonyme said...

Texte calme... bien que lourd... Je ne suis pas seul dans la vie, bien au contraire. Mais, par les temps qui courent, j'ai le torrent dans les yeux, la rivière tout près et le calme à portée de main...

 
At 8:15 p.m., Blogger Frédéric Pauzé said...

Dans des moments de tristesse, le calme est souvent difficilement atteignable.

J'espere que ca va mieux de ton votre côté, Esperanza.

 
At 10:09 a.m., Anonymous Anonyme said...

J'ai beaucoup apprécié ce texte. L'appréciation de chaque lecture dépend de notre état d'esprit, d'un tas d'autres choses. Mais à la longue, la valeur d'un texte fini toujours par être reconnue.

Accent Grave

 
At 11:38 a.m., Blogger André Bérard said...

S'il est autobiographique, c'est aussi un texte très courageux!

AB

 
At 4:38 p.m., Blogger Torpeza said...

J'aurais pu signer ce texte ! En fait, j'ai essayé de l'écrire plusieurs fois mais avec le temps, une embâcle s'est formée dans mon cerveau et les mots n'ont pas su couler jusqu'au bout de mes doigts.

Merci et bon courage...

 

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